C O N D E - S U R - N O I R E A U . C O N D E - S U R - N O I R E A U . C O N D E - S U R - N O I R E A U . C O N D E - S U R - N O i R E A U
Editeur

LE PENDU ET LE BAILLI INIQUE DE LA JUSTICE

 

Histoire

Légendes

Foire St-Gilles

Editeur
 
« La Justice est une éminence très élevée, qui domine au nord-est la ville de Condé, et où l'on remarque une excavation en forme de carré long, parfaitement régulière, semblables aux camps refuges des bords de mer que M. de Caumont a décrits. 
Sur ce point culminant s'élevaient deux gibets où on pendait les criminels que la Haute Justice de Condé condamnait au dernier supplice.
 

 

Editeur
 
Cette tradition, assez populaire pendant notre enfance, mais qui commence à s'effacer. raconte qu'un pauvre diable, accusé à tort d'une peccadille, fut, malgré ses protestations d'innocence et ses touchantes supplications, condamné à être pendu par l'inflexible bailli du lieu.
 

Editeur
 Exaspéré de l'iniquité et de la rigueur de la sentence, il se leva, étendit ses mains tremblantes vers le juge : Je suis innocent, lui cria-t-il, Dieu punira ta sentence inique, et je t'ajourne à comparaître dans huit jours devant lui.
 
Sept jours s'écoulèrent. Le huitième, le bailli qui revenait avec un compagnon de dîner au hameau Bouilly chez un ami, voulut par bravade, voir son pendu.

Il s'approcha du gibet où le supplicié était immobile, roide, la face penchée sur la poitrine. Voici, dit le bailli enlevant la tête vers le gibet, le huitième jour qui touche à sa fin : je suis encore vivant. Et d'un coup de sa canne il fit osciller le cadavre. Aussitôt un jet de sang, s'échappant de la bouche et des narines du pendu, 'jaillit sur la figure du bailli qui, laissant échapper sa canne, porta les mains à son visage, poussa cette exclamation . Ah ! Mon Dieu ! et s'abattit sur le sol. Quand on le releva, il était mort. Ainsi, dit la légende, s'accomplit la prophétie du condamné, et la punition du juge inique. »

Editeur

Editeur

CARREFOUR DES TROIS-PASSES

Editeur

« L'apparition des bières était fréquente dans les chemins et les carrefours. Dans celui des Trois-Passes, à condé, une de ces bières barrait parfois la route au voyageur. Un paysan, que dans notre enfance nous avons connu, Colin Jâcquot, s'en revenant un soir sur le tard du marché, aperçut de loin une étrange clarté aux Trois-Passes. Il continua de marcher et se trouva en face d'une bière, couverte d'un drap blanc, entourée de cierges allumés, et placée en travers du chemin.

Colin Jâcquot avait l'esprit assez dégagé de préjugés superstitieux et il n'acceptait le surnaturel que sous bénéfice d'inventaire. Cependant, pour ne pas s'exposer par bravade à quelque désagrément, il fit ce qu'en pareille circonstance on doit faire : La bière fut tournée bout pour bout avec respect, pour qu'il pût passer sans enjamber par dessus, puis remise en place. Il entendit alors une voix dire : Tu as bien fait de me remettre en place.

Si Colin Jâcquot se tira de l'aventure à son honneur, d'autres gens n'eurent pas chance pareille. Moins avisés que lui ou pris de boisson, ils voulurent passer par dessus le funèbre obstacle. A peine l'avaient-ils franchi qu'une grêle de coups s'abattit sur leurs épaules, et les laissa moulus et évanouis sur le chemin.

Parfois, la bière était posée en équilibre sur l'échalier du cimetière. Dans ce cas il fallait à peine de coups, prendre les mêmes précautions que notre paysan pour passer. »

Editeur

LAFEE ST - MARTIN

Editeur
  

Editeur

« Au temps lointain déjà de notre heureuse enfance, quelques vieillards, contemporains des dernières f ées, aimaient à raconter que le voyageur passant de nuit devant l'église Saint-Martin,, voyait parfois se dessiner, sur la pointe du clocher, une forme vaporeuse, perdue là-haut dans l'obscurité des airs.
Peu à peu la forme se condensait, se dessinait plus distinctement et devenait une femme en train de filer.

Cette femme était une fée. Mais, au lieu de sembler jeune et de mine avenante, comme les autres fées ses soeurs, celle-ci était une petite vieille, oute menue, toute décrépite, et, autant que la distance permettait d'en juger, on lui eût donné cent ans d'âge, et plus même.

De longues mèches de cheveux blancs, argentés par les pâles reflets de la lune, s'échappaient de sa coiffure antique, et flottaient au gré de la brise sur ses épaules. 

Editeur
Ainsi que les fileresses de village, elle avait une quenouille attachée à son sein, et de ses doigts s'échappait un fuseau qui dévalait lentement au bout de son fil, glissant sur la pente ardoisée de la flèche, et remontait pour redescendre encore. Quelques notes tremblées, tantôt lugubres et tristes, comme les antiennes des morts, et tantôt alertes et joyeuses, comme un chant d'alouette. arrivaient affaiblies à l'oreille du voyageur, qui, précipitant ses pas, s'éloignait avec hâte.

On sait que les fées, assez familières souvent avec le voisinage, intervenaient volontiers dans les actes de notre existence, s'intéressaient à nos occupations et à nos travaux.

Il en était de même de la vieille petite fée. Lorsque, surpris par le sommeil, un marchand de bestiaux partait trop tardivement pour la foire ou le marché prochain, il essuyait en passant des reproches mérités. De là haut partait une petite voix chevrotante et cassée qui lui criait d'un ton goguenard : Hé, paresseux tu t'es levé trop tard ; marché perdu rentre au logis.

Mais en revanche, à celui qui, plus diligent, partait à temps, elle criait : bonne chance. Et toujours, dit la légende, il arrivait à ce qu'elle avait annoncé.

Nul n'est parfait ici-bas, aussi bien les fées, paraît-il, que les humains ; et comme les gens ages, la bonne vieille avait ses manies. Une de

ses lubies consistait à vouloir qu'on la prévint, la veille au soir, quand on devait fondre la provision de graisse dans un ménage de la paroisse de Saint Martin. Pourquoi ? On ne l'a jamais su, mais c'était comme cela. Malheur à la ménagère qui négligeait de le faire ! Ce manque de déférence ne tardait guère à être puni. A peine la graisse bouillottait-elle doucement dans la grande marmite, placée dans un coin de l'âtre sur un lit de charbons, que la suie se mettait à pleuvoir de la cheminée, où l'on eut dit qu'un lutin faisait son sabbat. Et la ménagère, furieuse, grommelait après la vieille sorcière de fée, qui lui jouait ce mauvais tour.

Il n'y avait pas seulement que cette fée à Condé ; d'autres apparaissaient sur divers points de son territoire : dans le pré Moussard, au bord de la Druance, à la Roche-Callais, près de l'Aumonclière, et dans le vallon des Goulandes, à la Maisonnette aux fées, petite excavation maçonnée, maintenant disparue, pratiquée dans un talus d'un champ, surplombant le Pré aux Fées.

Aux environs, elles n'étaient pas moins nombreuses. C'est dans un carrefour voisin, dit des Epinettes, qu'elles venaient, dit-on, faire leur toilette trompeuse, se vêtir des rayons diaphanes de la lune de minuit, parer leur vieillesse, décrépite et hideuse, de la fraîcheur, des grâces et du charme de la jeunesse »

Editeur

Editeur